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Quel genre d'État pour quel genre d'égalité?
June 2010
Commission économique pour l'Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC)

Le document Quel genre d’État pour quel genre d’égalité? analyse les progrès de l’égalité entre les sexes dans la région, 15 ans après l’adoption du Programme d’action de Beijing, 10 ans après la formulation des objectifs du Millénaire pour le développement et 3 ans après l’adoption du Consensus de Quito à la dixième Conférence régionale sur les femmes de l’Amérique latine et des Caraïbes qui s’est tenue en 2007. Il examine en outre les succès et les défis auxquels sont confrontés les gouvernements à la lumière de l’interaction entre l’État, le marché et les familles, en tant qu’institutions sociales construites sur la base de politiques, de lois, d’us et coutumes qui, ensemble, créent les conditions pour rénover ou perpétuer les hiérarchies sociales et de genre1.

et des Caraïbes, ainsi qu’à la conférence régionale en leur qualité d’États membres de la CEPALC. Par ailleurs, l’étude met l’accent sur certaines politiques appliquées en matière de parité et de conciliation avec les tâches de soins qui permettent de comparer les processus d’égalité à l’échelon mondial et de rendre compte des échanges croissants entre la région et d’autres pays.

Le rôle de l’État dans le développement de l’égalité sociale constitue l’axe central du débat proposé dans le document “L’heure de l’égalité: combler les écarts, ouvrir de nouveaux chemins” (CEPALC, 2010a). C’est un concept clé dans l’agenda du développement que partagent les divers acteurs de la société et qui, dans le cas des femmes, suppose leur intégration dans le marché du travail sur pied d’égalité avec les hommes, ainsi que la reconnaissance de leurs droits de citoyennes, leur participation à part entière à la prise de décisions à tous les niveaux de la société, le respect de leur intégrité physique et la maîtrise de leur propre corps.

L’intégration des femmes sur le marché du travail, sur pied d’égalité avec les hommes, requiert une analyse et un changement stratégique de la fonction sociale et symbolique dans la société. Cela suppose, d’une part, de redistribuer la charge du travail non rémunéré associée à la reproduction et à l’entretien de la vie humaine et, d’autre part, de démonter le système de pouvoir qui soumet les femmes, sur le plan privé (le droit à une vie exempte de violence, le droit de décider pleinement de la reproduction et de ses conditions) et sur le plan public (la représentation équitable aux échelons de prise de décisions de la société).

La progression en matière d’égalité entre les hommes et les femmes est directement liée aux progrès de l’autonomie économique des femmes, notamment le contrôle des biens matériels et des ressources intellectuelles, et la capacité de prendre des décisions concernant les revenus et les actifs familiaux. Tout cela est étroitement lié à l’autonomie physique, une condition indispensable pour surmonter les barrières qui subsistent en matière d’exercice de la sexualité, d’intégrité physique des femmes et de reproduction, ainsi que de représentation paritaire dans les espaces de prise de décisions.

La deuxième partie de l’analyse expose la situation de l’Amérique latine et des Caraïbes ainsi que les progrès réalisés par les pays en ce qui concerne les politiques, les plans et les programmes relatifs à l’évaluation de l’application du Programme d’action de Beijing et, plus précisément, les indicateurs comparés des pays de la région en matière d’autonomie physique, économique et dans la prise de décisions, élaborés par l’Observatoire de l’égalité de genre de l’Amérique latine et des Caraïbes de la CEPALC.

L’analyse des indicateurs comparés fait office de rapport des progrès de l’Observatoire de l’égalité de genre de l’Amérique latine et des Caraïbes, un outil qui met en lumière les réalisations et les défis dans la région au cours de la dernière décennie et rend compte de progrès importants en matière de développement de systèmes de production de statistiques et d’indicateurs pour mesurer l’inégalité entre les hommes et les femmes2. L’Observatoire, créé au titre d’un mandat du Consensus de Quito (2007), permet de disposer de nouvelles informations au niveau national et régional, dans les domaines de l’autonomie économique, de l’autonomie physique et de l’autonomie dans la prise de décisions des femmes3. Il s’agit d’un effort interinstitutionnel, coordonné par la CEPALC et soutenu par les contributions techniques et financières de l’Institut international de recherche et de formation pour la promotion de la femme (INSTRAW), du Fonds de développement des Nations Unies pour la femme (UNIFEM), du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), de l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS), du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), de l’Agence espagnole de coopération internationale au développement (AECID) et du Secrétariat général ibéro-américain (SEGIB).

La troisième partie du document aborde le thème du travail rémunéré et l’impact du travail non rémunéré des femmes sur l’emploi formel et informel, son lien avec les politiques macroéconomiques et le rôle de l’État en tant que promoteur de l’égalité et de politiques publiques pour la redistribution du travail non rémunéré, étant entendu que ces politiques ont des répercussions à la fois pour la régulation de la production et les salaires, ainsi que pour le bien-être des personnes par les mesures de protection et l’aide sociale.

Les conséquences du travail non rémunéré pour l’économie et la concentration sur la reproduction sociale qui se fait dans les familles sont essentielles pour comprendre les relations entre la production et la redistribution des richesses. Dès lors, l’analyse cherche à mettre en lumière plusieurs dimensions du travail ménager, non seulement en tant que revendication politique, mais en guise d’invitation au débat sur les règles de la redistribution, les modes de production et la qualité de la relation entre la production et la reproduction sociale.

Par ailleurs, le document souligne l’importance d’avoir des États responsables du respect, de la protection et de l’application intégrale des droits humains, par l’articulation des droits sociaux, politiques, économiques et culturels, et l’engagement des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire à concevoir des politiques publiques universelles, qui supposent intrinsèquement que les politiques du travail sont indissociablement liées aux politiques et aux mécanismes nécessaires pour transformer la reproduction sociale en une tâche collective.

Il souligne également la nécessité d’orienter les politiques vers la conciliation de la vie professionnelle et de la vie familiale, et pose aux États et à l’ensemble de la société la question du renforcement des initiatives pour que les femmes surmontent les obstacles qui les empêchent d’avoir une plus grande mobilité et de meilleures carrières professionnelles sans discrimination pour le plein exercice de leur citoyenneté.

Il met en lumière ensuite les progrès en matière de droits économiques et sociaux, et de participation politique des femmes, en même temps qu’il présente des données permettant de déceler la persistance ou l’apparition de nouvelles inégalités qui, loin d’afficher une trajectoire linéaire dans la région, dessinent une carte complexe qui montre l’existence d’inégalités croisées entre le développement économique, politique et social des femmes, ce qui met en évidence les hauts et les bas, les blocages et la résistance au changement.

Le diagnostic et l’analyse présentés dans cette étude prennent en considération l’hétérogénéité structurelle des économies, la diversité culturelle des populations et les particularités territoriales qui expliquent, dans certains cas, les effets différenciés que peuvent avoir divers facteurs tels que la taille de la population et du territoire, l’impact des catastrophes naturelles sur l’économie, la disponibilité de ressources naturelles et le type de développement institutionnel sur la situation des femmes dans chaque pays, facteurs qui doivent être analysés d’une perspective nationale ou sous-régionale.

Enfin, la section destinée à proposer un agenda de politiques d’égalité des sexes, en plus de suggérer des thèmes de politiques à court et à moyen terme concernant la redistribution du travail rémunéré et non rémunéré et des soins, pose la question de l’importance d’inclure les voix des femmes par leur présence démocratique dans la sphère de la prise de décisions, ainsi que de l’importance de reconnaître le mouvement des femmes en tant qu’acteur dans les espaces de dialogue et de gouvernance, et dans les organisations sociales et syndicales.


  1. En 1995, la quatrième Conférence mondiale sur la femme s’est tenue à Beijing et a adopté un Programme d’action, évalué 15 ans plus tard, dans le cadre de l’Examen et évaluation de la mise en oeuvre de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing et du document final de la vingt-troisième session extraordinaire de l’Assemblée générale (2000) dans les pays d’Amérique latine et des Caraïbes (CEPALC, 2009c).
  2. Voir http://www.cepal.cl/oig.
  3. À la dixième Conférence régionale sur les femmes de l’Amérique latine et des Caraïbes, qui s’est tenue à Quito en 2007, les États membres de la CEPALC ont demandé la création d’un observatoire de l’égalité de genre.


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