Rapport 2010 sur les progrès en Afrique: Passer à l’action
2010
Africa Progress Panel
Dans le rapport de l’an dernier, nous esquissions un programme d’action pour des progrès en Afrique sur la base de l’expérience acquise et des attentes du continent. Nous appelions les dirigeants africains à prendre l’initiative de réaliser ce programme d’action et leurs partenaires internationaux d’y apporter leur soutien. Nous faisions valoir que les succès que les pays africains ont obtenus démontrent de façon concluante qu’en Afrique les objectifs de développement peuvent être atteints. Nous soulignions la responsabilité que l’Afrique et ses partenaires se partagent s’agissant des progrès à accomplir et de la nécessité d’une responsabilité mutuelle plus nettement affirmée – pour une bonne gouvernance, une utilisation responsable des ressources de façon à promouvoir une croissance durable et équitable, et pour réaliser chacun des objectifs du Millénaire pour le développement. Nous répétons cette exhortation.
Nous espérions que la crise économique de l’année dernière servirait d’appel à l’action pour les dirigeants africains et leurs partenaires internationaux. La crise, en mettant en évidence les liens étroits entre pauvreté, crise alimentaire, crise de l’énergie et changements climatiques, devait assurément mettre en évidence l’importance d’une action plus synthétique que fragmentaire pour promouvoir une croissance économique durable et réduire la vulnérabilité.
La crise a-t-elle eu cet effet? Les faits sont peu concluants. Elle a mis en évidence un certain nombre de tendances inquiétantes, non seulement sur le terrain – une inégalité grandissante, des revers dans la réalisation des OMD, une vulnérabilité et une insécurité alimentaire croissantes – mais également, plus généralement, la crainte que la contraction économique et les coupes budgétaires ne relèguent à l’arrière-plan l’engagement de concourir au développement humain.
La crise a mis en évidence un certain déficit de la gouvernance africaine et mondiale. La récession et le chômage ne sont peut-être pas la cause des coups d’État et des conflits, mais ils accroissent certainement les tensions, en particulier quand les griefs politiques sont compliqués par un sentiment d’exclusion économique et d’injustice. À l’échelle mondiale, la crise a accéléré la reconfiguration des grandes structures – pas toujours d’une façon qui profite aux pays les moins avancés ou aux pays africains. Le G20 sera-t-il aussi attentif que le G8 à la situation de l’Afrique?
Il est difficile de mesurer la volonté d’action des hommes politiques. Le volume et la part des ressources financières réservées au développement sont un indicateur objectif, qu’il s’agisse tant des recettes publiques des pays africains que de l’APD fournie par les membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
À s’en tenir à cet indicateur, l’élan engendré par la première décennie du vingt et unième siècle, en particulier en faveur du Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) et des décisions de Gleneagles, se maintient, mais semble désormais un peu compromis.
Le problème est de formuler de façon convaincante la justification d’une solidarité mondiale et d’une croissance équitable – qui englobent, sans s’en limiter, les chiffres de l’APD. Du fait du changement climatique, cette justification pourrait s’imposer plus vite qu’on ne le prévoit.
Un sentiment de déception, sinon d’échec, est apparu à la suite de la XVe Conférence des Parties à la réunion au sommet de Copenhague et au vu de l’accord qui en est issu. Mais les faits scientifiques et physiques qui affectent l’existence quotidienne et les moyens d’existence de millions d’habitants ne disparaîtront pas pour autant. L’impact de la hausse de la température est chaque jour plus évident. On peut s’attendre à une transformation du paysage politique et spécialement s’agissant du développement, une transformation qui fera que c’est la nécessité plutôt qu’un souci altruiste qui obligera les hommes politiques à persuader l’opinion qu’en fin de compte, il est impératif d’investir dans un développement mondial viable à terme.
Notre rapport montre ces changements et d’autres qui sont pratiquement tectoniques, en particulier l’avènement du G20, la place prédominante que prennent de plus en plus, sur le plan politique et économique, le Brésil, la Chine et l’Inde, et le potentiel qu’offre la technologie de la communication de refondre à la base les conditions politiques du développement de l’Afrique.
Le rapport commence par une évaluation des progrès accomplis par l’Afrique au cours des cinq dernières années jusqu’à présent, en mettant l’accent en particulier sur les promesses formulées et tenues, ainsi que sur les différentes feuilles de route convenues. Nous poursuivons en dégageant six domaines prioritaires d’action, trois à l’intention des dirigeants africains, et trois à celle de leurs partenaires internationaux.
Étant donné la diversité des 53 pays qui forment le continent africain et la grande variété de leurs économies, ces choix ont un caractère essentiellement général. Nos recommandations devront être adaptées et ajustées à la situation propre à chaque pays. Nous sommes néanmoins convaincus que si elles sont appliquées, elles contribueront à la réalisation de résultats mesurables qui ne pourront qu’améliorer le bien-être des Africains et des possibilités qui s’offrent à eux.
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